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Lettre ouverte aux décideurs actuels du Canton de Neuchâtel

Mesdames, Messieurs les décideurs politiques actuels du Canton de Neuchâtel,

Le peuple neuchâtelois vous a élu en tant que conseiller(ère) d’état ou député(e) au Grand Conseil. Vous êtes le pouvoir exécutif ou législatif actuel du canton de Neuchâtel.

Ces jours se trame une page de l’histoire du canton dans laquelle vous jouez un rôle important: sur proposition du conseil d’état, il est en effet question de fermer la Haute École de Musique de Neuchâtel – oui, c’est « de Genève, site de Neuchâtel », je suis au courant merci! mais ça ne change rien au fond de la décision qui est en train de se profiler.

Par cette décision vous termineriez purement et simplement une longue tradition de formation musicale professionnelle de qualité dans la région influençant la vie quotidienne de tous les habitants du canton et faisant rayonner son image loin à la ronde.

Aujourd’hui, j’ai envie de vous raconter une histoire, de vous offrir une chanson et de vous faire une demande.

L’histoire

Il était une fois, il y a plus de 20 ans, une jeune femme ayant envie de faire de la musique son métier. Elle habitait un pays lointain, le Pays de Vaud. Par un hasard que l’on ne rencontre que dans les histoires, même si le pays dans lequel elle habitait avait une école professionnelle de musique, elle s’est inscrite en finissant son bac dans les classes professionnelles du Conservatoire de Musique de Neuchâtel – pour les plus jeunes d’entre vous et les oublieux, nous devons préciser que c’est ainsi que l’on appelait dans ces temps lointain ce qui est devenu la HEM GE- site de NE.

Pendant quelques années elle a donc bénéficié de l’enseignement académique d’excellents professeurs (pas tous bien entendu, mais la majorité) la faisant ainsi cheminer vers un diplôme qu’elle a reçu des mains du conseiller d’état alors responsable et non « en charge » de la culture.

Étant une jeune femme passionnée et engagée, elle a fait connaissance pendant ces années d’étude de nombreuses personnes de la région, personnes qu’elle côtoyait lorsqu’elle intervenait déjà là comme musicienne dans des soirées de village, des offices religieux, des vernissages, des soupers d’entreprise, ou simplement dans sa vie privée, dans son quartier, en buvant un verre dans un café de la place ou en allant faire ses courses.

À la fin de ses études, elle avait envie de continuer à se former de manière moins académique en entamant un compagnonnage auprès de maîtres de par le monde. Mais elle n’avait plus du tout, mais alors plus du tout envie de quitter Neuchâtel dont elle était tombée amoureuse, pour sa qualité de vie, pour son emplacement entre ville et nature, pour sa situation (presque) idéale en transports publics au centre de la Suisse et de l’Europe. Ce compagnonnage elle le fait donc encore aujourd’hui, basée à Neuchâtel, revenant chaque fois dans la région avec ses nouvelles compétences.

Plus tard l’académisme l’a rattrapée puisqu’elle encadre aujourd’hui des étudiants dans des Hautes Écoles de Musique pour leur travail de Bachelor ou de Master.

Sa vie quotidienne? Elle la passe à partager sa connaissance, essentiellement avec les habitants du canton, mais aussi plus loin. Ses élèves ont entre 4 et 85 ans, parfois d’ailleurs ces extrêmes se retrouvent dans la même salle de cours. Elle fait énormément de concerts ou prestations publiques, où elle touche un public allant du chômeur à la prof d’uni en passant par l’homme au foyer. Par ses compositions et arrangements, elle fait parfois participer sur scène des non musiciens, par exemple en orchestre de bouteille de bière ou en proposant un concert dans une entreprise de serrurerie. Elle fait dans ses projets venir des musiciens d’exception d’ailleurs. Vous l’aurez peut-être entendue lors du mariage, du baptême ou de l’enterrement de l’un de vos proches dans une des églises protestante, évangélique, catholique romaine ou chrétienne du canton, vous accompagnant dans cette étape de vie. Lors d’un passage dans un bar ou circulant avec votre voiture dans les beaux tunnels de la région, vous aurez peut-être dégusté quelques-unes de ses notes à la radio. Par ses projets créatifs elle donne du travail à de nombreux employés, indépendants ou entreprises de la région.

Elle vient aussi de créer à Neuchâtel une association autour de la respiration, dans l’idée de lier et d’unir des personnes d’horizons très divers autour de cette thématique.

Vivant avec son temps mais aimant les chemins de traverse, elle développe avec plusieurs collègues des instruments augmentés, instruments de lutherie traditionnelle unis à de la technologie de pointe. Pour ce faire, elle collabore à l’international et avec divers ingénieurs, professeurs d’université ou magasins de musique de la région. L’influence de la micro-mécanique des boîtes à musique de son village d’enfance et des montres du canton ont d’ailleurs joué un rôle pour l’amener vers cette recherche. Si elle n’était pas venue à Neuchâtel pour ses études, cette ville n’aurait pas accueilli, plus de 20 ans plus tard, les premières Rencontres Francophones de Lutherie Augmentée, amenant musiciens et chercheurs de plusieurs pays et continents à découvrir la région et contribuant à l’image de Neuchâtel comme canton innovant.

Avec le temps, cette étudiante est devenue moins jeune; sa famille s’est agrandie; elle consomme le plus possible local; elle milite dans son quartier et sa commune pour le bien vivre ensemble; elle s’engage comme citoyenne dans la commission consultative pour la culture de la ville de Neuchâtel; elle est devenue une contribuable un peu plus intéressante qu’à son arrivée; elle veille sur différentes personnes fragiles de son entourage; dans sa journée, elle apporte de la musique et du souffle à de nombreuses personnes autour d’elle; bref, le matin quand elle se lève, elle sait pourquoi elle le fait et elle n’a pas honte de se regarder dans le miroir; et si elle ne disait pas régulièrement huitante, on oublierait qu’elle vient d’un lointain pays.

La Chanson

[voilà le lien sur les paroles pour les personnes qui n’auraient pas la possibilité d’entendre la chanson: http://www.paroles-musique.com/paroles-Michel_Buhler-Vulgaire-lyrics,p022078549]

La demande

Mesdames, Messieurs le décideurs politiques du canton de Neuchâtel – décideurs d’aujourd’hui et de demain, d’ailleurs! – vous l’aurez devinée ma demande, je pense. S’il-vous-plaît ne soyez pas vulgaires, ne vous inscrivez pas dans l’histoire du canton comme démanteleur/euse de la culture et de l’éducation.

Barbara Minder, musicienne – habitante, citoyenne et contribuable du canton de Neuchâtel